• Alexis Zorba :analyse du roman

    Alexis Zorba, de Nikos Kazantzaki.

     

                Le livre, écrit en 1943[1]  a été publié en 1946.

     

                Il a sa source dans un épisode de la vie de Kazantzaki. « En 1917, Kazantzaki met en exploitation dans le Péloponnèse une mine de lignite avec son ami Zorba[2]. C’est un échec. »  indique Françoise Chatel de Brancion[3]. Ce Zorba se prénommait Georges[4].

     Dans son autobiographie intellectuelle, Lettre au Gréco[5], « Le retour du fils prodigue », Kazantzaki indique avoir rencontré un Alexis Zorba et avoir ouvert une mine au sud de la Crète, profitant de l’héritage laissé par un oncle pour répondre à plusieurs exigences ontologiques : celle de l’action pour un lettré consacré à la pensée et à l’écriture ; celle de créer une entreprise qui soit le lieu d’un partage entre ouvriers et patrons, celle de renouer avec son sol natal, la Crète, sa terre et ses entrailles. De fait la Crète est pour le narrateur un lieu symbolique, un lieu impérieux, un lieu intime où coexistent enfance, ancêtres défunts, Antiquité, et où les cris de l’âme sont plus pressants.

     

    Le roman raconte l’histoire des amours de Zorba, qui se terminent par la mort de dame Hortense ; l’histoire des amours du narrateur qui se terminent par celle de la veuve ; l’histoire de deux amitiés qu’éprouve le narrateur, l’une pour un ami absent, Stavridaki (l’ami par excellence, engagé par idéal patriotique), et l’autre pour Zorba, le moins abstrait des hommes, et tous deux meurent en fin de récit ; l’histoire de l’exploitation d’une mine de lignite qui se termine par l’effondrement de celle-ci, puis de l’exploitation de la forêt crétoise, qui se termine par l’effondrement d’un téléférique.

    C’est aussi un roman de l’écriture : le narrateur raconte comment il éprouve le besoin d’écrire un livre sur Bouddha, pour s’en délivrer, et se délivrer de l’enseignement de celui-ci,  et un autre sur son ami Zorba, comme une nécessité contre l’oubli ; dans les deux cas la littérature a la  fonction cathartique d’être un exutoire aux tensions de l’âme. Le narrateur évoque la lente maturation de l’œuvre littéraire, suivie de la frénésie de l’écriture.

    Ce roman  pose en même temps des questions existentielles et ontologiques.

    Dans Lettre au Gréco, Kazantzaki explique avec quelle hâte il enchaînait la rédaction des manuscrits, pour nommer ses angoisses, trouver un équilibre spirituel ;  dans Alexis Zorba le narrateur aussi a ses démons qu’il cherche à nommer.

     Ce roman est alors une quête du bonheur, la proposition d’apaiser les angoisses spirituelles par un hédonisme philosophique : que la vie est faite pour en jouir, que l’homme accomplit sa nature en réalisant, non ses désirs démoniaques qui s’accompagnent d’insatisfaction et d’angoisses, mais des désirs sains et fondamentaux, en accord avec notre être profond,  reconnaissables à leur efficacité épicurienne (plaisir et délivrance, joie de l’âme) : l’ivresse, la nourriture, l’art, la beauté de la nature, l’amitié, la femme[6]. Dans ce roman, Zorba est un prophète qui succombe à la tentation du bonheur terrestre[7] (je veux dire d’une vie en harmonie avec la terre et la chair) et abandonne la quête spirituelle angoissée d’un ailleurs : le bonheur est, maintenant, non dans l’éternité ; l’homme n’obéit ni à Dieu, ni à diable,  ni à un idéal politique, mais à sa nature ;  les grands mots comme patrie, bouddhisme sont des leurres, les popes sont méprisés ainsi que la morale : on aime librement, on vole, on incendie, on mange et on boit, on utilise la religion par intérêt ; mais sans pour cela perdre de vue les mystères supérieurs qui définissent l’humanité : l’existence d’une création, l’existence du beau, la puissance de la femme.

    Zorba incarne cette éthique, lui qui est un homme de chair qui vit dans sa chair les réalités supérieures essentielles.

     

    Le roman foisonne  d’apologues et de paraboles,  de suggestions de vies, d’historiettes truculentes, paillardes, bouffonnes parfois, et ce jaillissement est à l’image de la personnalité de Zorba.

     

    Le personnage de Zorba

     

    Zorba a 65 ans environ (149)[8] et est macédonien. C’est un voyageur ; colporteur en Macédoine et à Salonique (121), combattant en Crète, combattant en Macédoine (Bulgarie) (252) avec Pavlo Mélas. Il connaît le mont Athos, la Bulgarie, Constantinople, les Balkans  (63). Il a travaillé à Pravitsa en Chalcidique, en Russie à Novorossisk, et dans le Kouban. Sindbad le marin est le seul livre qu’il ait lu dans sa vie (205)

     

    Peut-il être un modèle de vie ? « Si je devais dans mon existence choisir un guide spirituel (…), c’est sûrement Zorba que je choisirais. » écrivit Kazantzaki (Lettre au Gréco, page 473).

     

    Or il apparaît comme un bouffon, un incendiaire, un guerrier qui a massacré et violé, un escroc, un voleur, un débauché, un homme qui, quand un caprice le traverse, le satisfait comme un enfant ; sa seule méthode pour éviter la tentation est d’y céder abondamment pour s’en dégoûter. Dieu et diable ne le freinent pas dans ses actes, non plus que les idées abstraites comme celle de Patrie. Il est sa propre norme. Il dira de lui-même : «  il me semble que j’ai cinq ou six démons en moi …j’ai toujours laissé mes démons libres de faire ce qu’ils voulaient … c’est pour cela que certains me traitent de malhonnête… , d’autres d’honnêtes, d’autres de cinglé, d’autres de sage Salomon» (312-313)

     

    Cependant, c’est un personnage attachant, aux multiples qualités, qualités essentielles car elles définissent un homme authentique : aptitude à s’engager, à la bonté, à la liberté, à la sexualité,  à l’art, à la joie, à la métaphysique.

    Il est aimable, d’abord pour la sincérité qu’il met dans ses actes ; ainsi, racontant une histoire ridicule ou bouffonne sur Dieu, la Création, la révolte de l’homme et le péché originel, il l’assume pleinement. Ou bien, provoquant un incendie au monastère, il agit par haine sincère de moines identifiés comme les représentants du mal : il va jusqu’au bout de son dégoût pour eux. Il est aimable pour sa capacité à assumer sa nature et ses choix : sa nature est d’aimer les femmes, et il a cédé à beaucoup ; si son choix est de faire la guerre,  il la fait farouchement et cruellement. « Le bon Dieu déteste cent fois plus le demi-diable que l’archi-diable !» dit-il (260).

    Et sa morale est aussi de savoir rompre brutalement, au nom de la liberté, avec les caprices auxquels on s’est soumis. Ce goût de la libération fait de lui un homme : « Il faut que tu le saches, Je suis un homme.

    -Un homme ? Qu’est-ce que tu veux dire ?

    -Eh bien, quoi, libre ! » (22)

     Nombreuses sont ses qualités, comme sa générosité, son courage quand il se bat pour la veuve,  sa tendresse pour les femmes vulnérables (par exemple par sa bonté pour Mme Hortense, ou la mendiante du chapitre 2), l’amitié qu’il porte au narrateur, son intuition pour les manques affectifs d’autrui, sa compassion pour le genre humain.

    Enfin ses faiblesses le rendent attachant, comme son angoisse et son incompréhension devant la création.

    Il est remarquable aussi par le dynamisme de sa sexualité, dynamisme né du plaisir (« D’autre paradis que celui-là … il n’y en a pas. N’écoute pas ce que disent les popes …» (120)),  et né du devoir d’éviter la faute de ne pas faire ce qui est fondamental. Le désir est pour lui un mystère éternel, par la force de sa persistance ; par ailleurs Zorba considère les femmes comme des créatures vulnérables à qui il faut faire la charité du sexe (lui-même s’affole à tous les jupons).

     

    Son aptitude à l’art.

    Elle apparaît bien sûr par santouri et la danse ; grâce auxquels le corps exprime ce que ressent l’âme et s’arrache à la matière. Elle apparaît aussi dans sa capacité à s’émerveiller devant le monde comme s’il le découvrait pour la première fois, ce qui est une caractéristique de l’artiste, du poète, des enfants ; par exemple Zorba vient de penser que les pierres sont des êtres vivants ; le narrateur a ce commentaire : « … ma joie était grande. C’est ainsi, pensai-je, que les grands poètes et les grands visionnaires voient toutes choses pour la première fois.  Chaque matin, ils voient devant eux un monde nouveau qu’ils créent eux-mêmes. ». Zorba s’étonne de même devant un simple mulet (176) ou devant la mer : quel est l’artiste qui a bien pu la créer ? se demande-t-il. Il voit l’univers avec spontanéité, avec « «ingénuité créatrice » (Lettre au Gréco, page 473), sans « l’intervention déformante de la raison » et « faisant craquer… logique, morale, honnêteté » (175),  il ressent la création avec émotion et l’interprète.

     

    En Zorba s’expriment des forces qui ne sont pas celles de l’homme civilisé policé, des forces qui lui font dépasser son humanité : ces forces sont une animalité primitive d’une part, et la folie d’autre part.

    Zorba est un  « primitif qui atteint la substance » (175). Il a, d’après la Lettre au Gréco (page 473) « le regard primitif qui saisit de haut comme une flèche, sa proie ».  De fait, cet artiste est aussi un fauve,  il qualifie lui-même l’être humain de « bête fauve » (177) et il ressemble à  nos ancêtres poilus, qui revivent en lui, comme en Kazantzaki lui-même dans Lettre au Gréco, et sa musique est un cri préhistorique : « Akh ! Akh ! cria Zorba du fond de ses entrailles et toute la mince croûte que nous nommons civilisation se fendait, livrant passage au fauve immortel, au dieu poilu, au terrible gorille. » (176) ; dans Lettre au Gréco, il est dit (page 473) qu’il avait un rire venu  de plus loin que ses entrailles : un rire divin ? Un rire animal ? Sa danse elle-même est animale : il hennissait, « hurlait, frappait le rivage de ses larges pieds et aspergeait son visage d’eau de mer » (Lettre au Gréco, page 474)  l’animalité revit en lui mais il est poussé à se dépasser, à avancer vers l’ « abîme » comme d’autres personnages de Kazantzaki, grâce à son enthousiasme, son impatience, son urgence d’enfant.

    D’autre part, la folie est un de ses moteurs spirituels  « Il m’est souvent arrivé dans ma vie d’avoir honte, parce que j’avais surpris mon âme à ne pas oser accomplir ce que le délire suprême -la substance même de la vie -me criait d’accomplir. » (Lettre au Gréco, 474). « Pour ça (la liberté), dit Zorba,  il faut un brin de folie ; de folie tu entends ? Risquer tout ! »(336) «  il ne te manque rien (…) Rien qu’une chose, la folie. Et ça quand ça manque, patron…» (337).

     

    Sa joie.

    «  J’avais connu bien des joies sur cette côte, la vie avec Zorba avait élargi mon cœur, quelques unes de ses paroles avaient apaisé mon âme » (328)

     «  … j’admirais avec quelle crânerie, quelle simplicité, il s’ajustait au monde, comment son corps et son âme formaient un tout harmonieux, et toutes choses, femmes, pain, eau, viande, sommeil, s’unissaient joyeusement avec sa chair, et devenaient Zorba. Jamais je n’avais vu si amicale entente entre un homme et l’univers. » (154)[9]

    « Le but de l’homme est de faire de la joie avec la matière, prétend Zorba. » (306)[10]

    Zorba vit avec enthousiasme et impatience ; il se définit donc par son appétit de manger la vie, comme une nature qui vit intensément (passions pour le santouri, la poterie, la libération de la Crète) dans le présent (et non comme dame Hortense dans le passé, ou comme le narrateur hors du temps, dans la rêverie). Pour lui vivre, c’est « défaire sa ceinture et chercher la bagarre. » (119), ce qui est une façon de dire qu’il faut pleinement confronter son corps au réel. Près de lui la vie est pleine de substance, de saveur. « C’était du sable chaud, finement tamisé, et je le sentais couler tendrement entre mes doigts » (178). Il donne vie aux idées, les incarne, est le corps qui les vit ; paroles, actions sont habitées par une chair vivante qui s’enthousiasme. « J’enviais cet homme qui était là, devant moi, et qui avait vécu avec de la chair et du sang ». (257) dit le narrateur à propos de Zorba.

    Cette appréhension charnelle produit un bonheur à la taille de l’homme : « Comment a-t-il pu se faire que le monde soit si parfaitement adapté à nos pieds, à nos mains, à notre ventre ? » (270) s’exclame, extatique, le narrateur. Cette adéquation de l’homme et du monde est une preuve de la légitimité de la démarche de Zorba car elle réalise une harmonie inscrite dans la Création.

    Cette joie, ce bonheur sont de nature spirituelle ; ils sont un enthousiasme, une ivresse donnée par la divinité : les personnages se sentent habités par une force qui les grandit. Par ailleurs ils sentent que leur joie est une admiration métaphysique, qu’elle est un émerveillement devant la création : mer, pierre, femme ; et ils ont la certitude que leur démarche est saine car elle leur permet de vivre pleinement ce qui est bon.

     

    Il est également remarquable aux yeux du narrateur par son aptitude à poser les questions philosophiques : « J’admirais cet homme dont le cerveau fonctionnait avec tant de sûreté et d’audace et dont l’âme, à quelque endroit qu’on la touchât, lançait des étincelles » (251). « Cet homme, avec son infaillible instinct, avec son primitif regard d’aigle, coupait par des raccourcis sûrs et arrivait, sans perdre le souffle, au faîte de l’effort, -au-delà de l’effort », c'est-à-dire à la vérité. (328) Ainsi il s’interroge sur l’origine du mal, le châtiment, la nature humaine. Il suggère que l’Homme est un révolté dans l’apologue de la Création où le premier humain détient un poignard où est gravé à l’intention de Dieu : « J’aurai ta peau. » (177). Dès lors, Zorba semble une sorte d’Adam, le premier homme révolté, émerveillé devant la nature, et pris au mystère de la femme et du désir.

    Tout cela intuitivement : une bête sauvage, qui a l’aptitude innée à s’élever vers ce qui fait l’homme : charité, art, philosophie.

     

    En créant le personnage de Zorba, Kazantzaki a consciemment créé un mythe, celui d’un homme primitif  qui sait aller à l’essentiel, et vivre le mystère d’exister dans ses dimensions fondamentales : les perceptions, l’action, la femme, l’amitié, l’art, le positionnement métaphysique, la joie.


    Analyse du livre

    Chapitre 1. Pages 9 à 22.

    Au Pirée.

    Rencontre du narrateur et de Zorba, qui est engagé comme contremaître d’une mine de lignite située en Crète, du côté de la mer de Libye.

    Le narrateur est dans une période de rupture : volonté de changer de vie, pour vivre une existence plus sensitive, plus réelle ; il revoit sa séparation avec son Ami, dont le nom est Stavridaki (332).  Défini comme une « souris papivore » (12), il regrette que l’âme soit prisonnière de la chair et ne puisse donc être capable de pressentiment (ce qui se réalisera page 332). Le manuscrit de son Bouddha est vivant en lui, présent en lui corporellement.

    Zorba est surnommé Pelle-à-four (à cause de son physique), Passa Tempo (ou passatempo, c'est-à-dire graines de citrouille grillées (171), Mildiou, etc. (18-19) : la soixantaine, de très haute taille, visage vieilli et souffrant (18), joues creuses et pommettes saillantes, cheveux gris et frisés, yeux étincelants (16-17), petits, ronds et tout noirs(20), mains calleuses et crevassées(20), oreilles d’âne très poilues ( 311). Il goûte la vie avec sensualité, est généreux, déraisonnable et suit ses impulsions (anecdote du contremaître rossé (18)). Passion du santouri appris avec Retsep Effendi (19) à Salonique. Son vocabulaire simple définit l’art et la beauté.

    On croise un marin, le capitaine Lémoni  qui révèle que la libido est plus fortement ancrée dans la nature humaine que la spiritualité (la Vierge, Saint Nicolas) et que la peur de la mort.

     

    Chapitre 2. Pages 23 à 39.

    Traversée. Arrivée page 33 en Crète. Rencontres au village : gamins, mendiante, hommes au café-boucherie « La Pudeur ».Vent d’automne.

    Samedi (40).

    Le narrateur contemple la beauté du monde et  rappelle l’idée bouddhiste qu’il n’est que fantasmagorie (24 et 33) Méprise « toutes les bêtes qui le souillaient (le bateau) –hommes, rats, punaises » (24) (comme Michel dans La liberté ou la mort qui veut se retirer sur l’île de Dia) et prend en pitié les hommes. Allusion à la sainte solitude (33). Dans le chapitre précédent, la solitude est l’état naturel de l’homme. Dialogue sur le contentement et le renoncement du berger et de Bouddha (26). Réflexions sur la liberté (32) comme libération d’une passion.

    Zorba s’est tranché un doigt par passion de la poterie (25). Il définit la liberté essentielle à l’homme (25 ; cf. 22). Il affirme la nécessité de la libido, force vitale en l’homme voulue par son Créateur. Passé de Zorba qui fut colporteur en Macédoine et un combattant sanguinaire pour libérer la Crète des Turcs en 1896 (29) : il analyse l’homme jeune comme une bête féroce enragée qui mange des hommes pour se rassasier. Il pose le problème de l’origine du mal (30-31) et, sans le savoir, celui de la vraie liberté (32) en prenant l’exemple de son ami Yorga.

    On croise Kondomanolio, le cafetier (37), son oncle le vieil Anagnosti (37, 69), Mme Hortense : elle a des points communs avec Zorba : ainsi leur visage est sculpté de vieillesse, ils ont vécu la libération de la Crète dans leur jeunesse, qui est leur meilleur souvenir (32).

     

    Chapitre 3. Pages 40 à 53

    Dimanche (40)

    Le narrateur médite puis déjeune avec Mme Hortense la franque (264) qui raconte sa vie et cède à Zorba.

    Contemplation de la Crète. Rencontre de jeunes filles. Idée que la littérature libère peut-être en exprimant la nature de la peine. Fusion du narrateur avec la mer (42 « et mon esprit, en suivant la vague, devenait vague et se soumettait lui aussi, sans  plus résister, au rythme de la mer »)[11]. Puis Bouddha ou un autre démon semble mugir en lui (42). Il méprise les joies de la chair (43). Idée que Mme Hortense incarne la femme « Derrière chaque femme se dressait, austère, sacré, plein de mystère, le visage d’Aphrodite)… dame Hortense n’était qu’un masque éphémère et transparent… » » (52)

    Zorba raconte l’anecdote du vieillard qui plante un olivier comme s’il ne devait jamais mourir (44). Il vit dans l’instant intensément (mais il a dépassé les futilités du présent (24).

    On croise Mavrandoni, l’ancien du village, un capétan, l’air d’un seigneur, qui a loué la mine de lignite.

     

    Chapitre 4. Pages 54 à 68.

    Lundi (54). Evocation de la routine du dimanche (64)

    Zorba commence les travaux près d’une baraque au bord de la mer.

    Le narrateur observe le réveil de Zorba et du village. Evocation du Guerrier de Rembrandt, figure du combattant  homme vrai et douloureux ; question du sens caché du tableau, d’une statue, d’un oiseau, du monde qui fait signe (56) ; certitude que la vie est une fumée mais gracieuse. Evocation de La Main de Dieu de Rodin qui pose « l’inquiétant et éternel enlacement de l’homme et de la femme », qu’une jeune fille veut refuser au nom de notre liberté vis-à-vis de Dieu, proposition que le narrateur renverse car il pense que Dieu est le nom de notre combat pour notre liberté (59). Le narrateur vit heureux auprès de Zorba conteur, comme son grand père Moustoyoryi à qui les voyageurs contaient leur histoire. Il envisage une utopie ouvrière (64), rappelle un souvenir –autobiographique- : il  avait eu le désir de fonder une association humaniste d’adolescents, association ruinée par le temps (65). Le narrateur pose son problème existentiel : pouvoir quitter Bouddha (qui le fait souffrir, soit qu’il ait à le rédiger, soit qu’il entretienne son angoisse, une impasse), renoncer ou réaliser son idéal de socialisme  fraternel, savoir vivre au contact des humains (67-68).

    Générosité de Zorba qui respecte l’aspiration fondamentale de la femme à la séduction (57) : il raconte l’histoire de sa grand-mère Krystalo qui l’a maudit ; Zorba dit son âge  :65 ans (59). Etonnement de Zorba devant le désir masculin, les prodiges que sont  le vin, l’eau, la femme, l’étoile, le pain (63) ; capacité d’émerveillement devant le mystère divin de la création. Il proteste contre le projet communautaire du narrateur.

    Douceur des métaphores du narrateur, pittoresque parler de Zorba.

    Chaque chapitre semble avoir le même mouvement : d’abord le narrateur observe et médite ; puis Zorba parle et l’enseigne.

     

    Chapitre 5. Pages 69  à 78.

    Soleil d’automne.

    Déjeuner chez Anagnosti. Histoire de sa naissance difficile « né d’un miracle », qui explique qu’il a l’oreille un peu fière, et de l’accouchement de la turque Tzafer Hanoum. On mange les parties du cochon. Bonheurs terriens d’un monde rétrograde. Le narrateur espère une humanité éclairée (75). Il reconnaît l’aptitude de Zorba l’gnorant à trancher les grands problèmes, car il fait corps avec la terre : richesse due à une connivence primitive avec le monde (76). L’âme du narrateur bouillonne comme la mélodie du tigre et il ressent la nécessité d’écrire son Bouddha (78).

    On croise Anagnosti, son père Kostandi, sa mère Kinio et sa femme Kyra Malousia (petit-fils Minas)

     

    Chapitre 6. Pages 79 à 94.

    Le lendemain du chapitre 5.

    Bonheur de la terre et de la mer. Le narrateur se souvient de sa petite nièce Alka à qui il poussait des cornes de joie. Bonheur et spiritualité de la nourriture (81) ; le narrateur se rapproche donc par deux fois du monde d’ici-bas et de ses leçons spirituelles. Le narrateur se souvient de sa faculté à imaginer, enfant, la disparition de son grand-père. Il voudrait recommencer son existence de façon charnelle, avec ses 5 sens en réconciliant l’âme et la chair (89) : pour lui Zorba détient la vérité. Il travaille à son Bouddha.

    Zorba se moque du narrateur car il est comme le corbeau qui voulut vivre en dehors de sa condition. Il raconte des anecdotes de sa vie (82) : son frère Yanni épicier à Salonique, sa fille Phrosso. Le narrateur lui révèle que l’exploitation de la mine n’est qu’un prétexte, l’occasion de réaliser des idées, ce qui fait bondir de joie Zorba qui estimait qu’il volait son ami : il danse symbolisant l’esprit allié au corps qui s’élève, avec la passion de l’impossible. Elle semble si violente que le narrateur craint la dislocation de Zorba. La danse avait exprimé aussi la douleur de celui-ci à la mort de son fils Dimitraki (ou Dimitri, mort à trois ans page 280). Il évoque son travail en Russie dans une mine de cuivre à Novorossisk où un Russe racontait la guerre en dansant. Il révèle au narrateur son projet de construire un téléférique. Pour lui tout a une âme (92). Il évoque le mystère de la femme représenté par dame Hortense (93) et son grand-père Alexis qui pleurait les beautés féminines qu’il ne possèderait pas.

     

    Chapitre 7. Pages 95 à 105.

    On est un samedi (96).

    Le bonheur est terrestre et à la taille de l’homme (95, cf. page 108, propos prêté à Confucius).

    Zorba raconte ses amours avec Sophinka (près de Novorossisk) et Noussa (dans le Kouban) : histoires pittoresques, truculentes, évoquant la facilité sexuelle, le partage sexuel, la fragilité et le mystère de la femme, l’éternité du manège amoureux.

     

    Chapitre 8. Pages 106 à 122.

    Pluie et chagrin ; le narrateur pense à son ami dans le Caucase et lui écrit son bonheur d’être avec Zorba, les variations de son cœur, sa absence d’illusion envers les hommes et les grandes idées,  son regard désabusé et souriant sur l’absurdité du monde, son amitié pour lui.

    Scène de café, où le principal sujet de préoccupation se trouve être la veuve Soumelina.

    On croise « oncle » Anagnosti, Mavrandoni, l’instituteur, le cafetier Manolaki ou Kondomanolio, Sfakianonicoli un berger qui revient de Candie, Manolakas le garde-champêtre neveu de Mavrandoni, Androuli (Androulio p 275) qui est le bedeau ; Pavli (« maladif », « avorton ») le fils de Mavrandoni, Mimitho l’innocent du village, fils de Lénio la pleureuse.

    Zorba essaie de convaincre le narrateur de coucher avec la veuve.

     

    Chapitre 9. Pages 123 à 131.

    L’hiver probablement.

    Zorba décrit un Dieu de pardon. Le fait que la veuve dorme seule l’inquiète. Il est également inquiet pour sa nouvelle galerie, qui s’écroule à la fin du chapitre. Il est indiqué qu’il devine et pressent les mouvements de terrain mieux que personne ; allégoriquement il est l’homme de la terre[12], ne fait qu’un avec elle, un être chtonien supérieur. Dans Lettre au Gréco Kazantzaki évoque l’idée que l’âme humaine et la terre sont de même nature : Zorba est une grande âme, au plus près de la terre ; il est celui qui réalise le mieux la nature humaine.

    On croise le pope Stéphane (décrit page 135). L’ouvrier Michélis remercie Zorba de lui avoir sauvé la vie, à  lui et aux autres mineurs.

     

    Chapitre 10. Pages 132 à 142.

    C’est la nuit de Noël. Page 138, le jour de Noël. Page 139, la veille du jour de l’an. Page 140, le jour de l’an.

    Le narrateur lutte contre la tentation qu’est la femme, démoniaque. Importance de l’Incarnation, importance de la nourriture pour fonder l’homme et la spiritualité (135). Repas de Noël avec dame Hortense qui incarne la femme donc la douceur « Comme la terre est bien assortie au cœur humain ! » (136) Zorba invite le narrateur à profiter de la joie de la Nativité sans se poser de questions. Le narrateur est repris par les souvenirs tristes (139) ; le bilan de sa vie lui semble incohérent ; il désire que son âme échappe à « sa prison de chair ». Il se souvient de l’histoire du papillon qu’on ne peut forcer à éclore trop vite (141) : suivre le rythme naturel des choses est la morale de cet apologue.

     

    Chapitre 11. Pages 143 à 154.

    Jour de l’an.

    Ce chapitre présente deux désirs masculins frustrés, celui de Zorba, celui du narrateur.

    Le narrateur croise la veuve. Notations printanières. Cochon de lait chez la dame Hortense. Zorba a peint un cadeau pour dame Hortense. Sa tristesse. Pitié et désir de Zorba. Dame Hortense livre ses souvenirs sur Ali Bey et Souleïman pacha. Sommeil de dame Hortense. Retour à la cabane où Zorba se tient comme un ascète et réfléchit à son téléphérique.

     

    Chapitre 12. Pages 155 à 165.

    Jour de l’an. Page 157, le lendemain.

    Le narrateur lit Mallarmé et trouve ses poèmes froids, sans chair, exsangues, dénués d’odeur, de substance, de souffle, de terre et de graines, dévitalisés comme la pensée de Bouddha, qui est considéré dès lors comme le dernier homme et comme une force de destruction (156) « Ecrire « Bouddha » cessait enfin d’être un jeu littéraire. C’était une lutte à mort contre une grande force de destruction embusquée en moi, un duel avec le grand Non qui me dévorait le cœur, et de l’issue de ce duel dépendait le salut de mon âme. » (156) ; son travail d’écriture devient une lutte contre Bouddha. Puis il reçoit deux lettres, de deux amis tous deux dans l’action, l’une de Karayanis, en Afrique, grec misanthrope qui n’aime pas les Grecs et fait des affaires, l’autre de l’Ami, Grec altruiste sauvant d’autres Grecs (de Kars, de Tiflis, de Batoum, de Novorossisk, de Rostov, d’Odessa, de Crimée) des Kurdes et des bolcheviks, les conduisant aux frontières de Thrace ou de Macédoine : l’Ami fait allusion au Guerrier de Rembrandt et à Moïse ; il annonce la possibilité de sa mort : un combattant, un patriote, un athée qui ne croit pas au destin ou à la providence.

    De son côté Zorba a trouvé la bonne inclinaison pour le téléférique. Il part pour trois jours à la ville acheter le matériel.

     

    Chapitre 13. Pages 166 à 178.

    Six jours plus tard.

    Lettre de Zorba. Il indique ses indifférences religieuse, patriotique et devant la mort, sa certitude de l’inutilité de l’existence. Il nomme son démon, la peur de la vieillesse, l’explique en racontant l’histoire du moine possédé Lavrentio et exhorte le narrateur à nommer son propre démon pour s’en délivrer. Ses amours à Candie avec la jeune Lola : sa chambre est le paradis voulu par Zorba. Il se confesse au narrateur car il est devenu l’autorité à laquelle il se réfère plutôt qu’à Dieu ou au diable, bref par amitié pour lui. Puis le narrateur médite sur la personnalité de Zorba (175) et, par amitié, le presse de revenir de Candie.

     

    Chapitre 14. Pages 179 à 189.

    Samedi 1er Mars.

    Pour plaire à dame Hortense le narrateur invente une lettre de Zorba dans laquelle il lui promettrait le mariage. Il se souvient d’une servante de ses parents, la vieille Diamandoula que son amour pour Mitso avait rendue folle (182). Scène émouvante où dame Hortense a peur de la mort car on apprend la mort de Pavli, noyé par désespoir amoureux. Le chapitre porte donc sur les dangers de l’amour. Tout le village est rassemblé. Une femme, Delikaterina, demande la tête de la veuve, le narrateur la défend. Anagnosti pleure sur la dureté de l’existence, tout en se présentant, (comme Sifakas dans La Liberté ou la mort) comme comblé par la vie (188). La veuve envoie un panier d’oranges au narrateur en remerciements, en fait comme une invitation galante.

     Joie pleine du narrateur.

     

    Chapitre 15. Pages 190 à 200.

     

    Le narrateur va visiter les ruines d’une cité minoenne où il rencontre un pâtre ; spectacle des grues dont le passage marque les saisons. Les deux événements indiquent la tristesse du temps qui passe. Interrogation : « Qu’est-ce donc que l’âme, pensai-je, et quelle correspondance cachée y a-t-il entre elle et la mer, les nuages, les parfums ? » C’est le thème de l’identité de nature de l’âme et de la terre. Rencontre d’un vieillard, sa femme, sa fille : ils se rendent au monastère de la très sainte Notre-Dame l’Egorgée : noblesse et hauteur de vue de ce vieillard ; ceci rappelle un passage de la Lettre au Gréco :  «  des hommes simples, des paysans crétois, suivant l’impulsion du fond de leur être, gravissent sans perdre haleine les plus hauts sommets où puisse atteindre l’homme la liberté, le mépris de la mort, la création d’une loi nouvelle » (469) ; paix et douceur, plaisir esthétique au monastère , jusqu’au moment où le narrateur entend le mot « éternité » qui le replonge dans ses obsessions « Je sais que l’éternité est chacune des minutes qui passe…ô Terre … tu ne me laisses vivre qu’une seule minute, mais la minute devient mamelle et je tête. » Le mot éternité est comparé au mirage de l’eau d’un puits ; et le narrateur espère que Zorba le délivrera à jamais du mirage des mots.

     

    Chapitre 16. Pages 201 à 212.

    Zorba est revenu avec des cadeaux et apprend la fable de la promesse de mariage ; il veut monter au monastère faire signer le contrat du téléphérique et se faire pardonner ses dépenses. Il joue du Santouri, et les ouvriers se mêlent à la danse, exultation : « Le voilà, le vrai filon que je cherchais. Je n’en veux pas d’autre. »

                Le narrateur explique les prouesses des moines tibétains à Zorba, indiquant ainsi l’existence d’un au-delà pour l’homme ; comme le narrateur dans le chapitre précédent, Zorba s’emporte ; le narrateur lui propose alors la nourriture, le retour au charnel, pour que le corps calme l’âme. Puis Zorba devine que le narrateur voulait jadis bâtir une communauté pour intellectuel ; Zorba se propose d’y introduire la sensualité : musique, femmes, alcool.

     

    Chapitre 17. Pages 213 à 224.

                En route pour le monastère, rencontre du père Zaharia « possédé » par un diable, Joseph ; « Un cerveau infirme, comme un corps infirme, provoque chez moi, tout à la fois, compassion et dégoût », dit le narrateur (216), reprenant là le sentiment de Kazantzaki[13] et du capétan Michel[14] sur les lépreux. Légende de Notre-Dame de la Vengeance. Le site du monastère est fait, à la mesure charnelle de l’homme, pour élever l’ âme (219). Critiques envers les moines qui n’ont pas échappé au monde : Zorba explique sa méthode pour se délivrer des tentations et son choix de vie amoral de prendre ce qui se présente, y compris en le volant. (224)

     

    Chapitre 18. Pages 225 à 238.

                Réflexion sur la Vierge : «  … de ses entrailles périssables est sorti quelque chose d’immortel. » (225). Sensibilité du narrateur à la douceur de la Grèce et à sa permanence à travers les siècles symbolisée par l’icône de saint Bacchus (226). Négociations avec l’higoumène. Allusion à la chanson évoquée dans La Liberté ou la mort : « Baise-moi, mon petit, après je serai de nouveau ta tante. ». Colère et mépris de Zorba pour les moines. Le narrateur pense au Christ qui ne voulait pas mourir (229). Nuit mystérieuse où Dométios tue Gabriel. Rencontre avec l’évêque aux trois théories. L’archange Michel fait signe à Zaharia de brûler le monastère. Pour le narrateur la vie monastique en ce lieu  est pleine de noblesse, mais sans âme (236). Présence de Dieu dans différentes merveilles de sa création (237). Zorba termine les négociations victorieusement et conseille Zaharia pour l’incendie qu’il projette.

     

    Chapitre 19. Pages 239 à 249.

                Dame Hortense vient réclamer le mariage à Zorba qui finit par la consoler : fiançailles. « Qu’est-ce qu’on doit faire patron ? rire ? pleurer ? » demande Zorba (245). Il déclare que Zeus, le grand séducteur sacrifié à toutes les femmes, mérite le paradis. « … moi, je les vis, tous les mystères que tu dis … je n’ai pas le temps de les écrire » (247). Il envisage d’ouvrir une agence matrimoniale. Pour le narrateur, Zeus se penche sur la Terre comme Zorba sur dame Hortense  (le narrateur ainsi recourt à un mythe qui dépeint le monde comme doué de sensibilité, de sexualité, de sensualité.)

     

    Chapitre 20. Pages 250 à 261.

                Zorba raconte l’histoire de son grand père Hadji et escroc (251), puis raconte sa guerre : les deux histoires indiquent le pouvoir trompeur des idées sur l’homme, que l’homme est un fauve, que Zorba s’est délivré de la patrie, de l’argent, des popes ; sa compassion charitable s’étend à l’humanité entière, bons et méchants.

                Le lendemain tous deux s’émerveillent conjointement de la nature. Bénédiction du premier poteau du téléphérique avec le pope Stéphane (sa femme s’appelle Papadia) et les notables.

     

    Chapitre 21. Pages 262 à 273.

    Jour de Pâques.

                Joie païenne  de la résurrection. Maladie de dame Hortense. Le repas se change en joie, en danse, en folie. Zorba fait l’apologie de la jouissance, se qualifiant de Sindbad le marin (265) : amour, gourmandise ; il prédit l’indifférence de Dieu aux péchés des hommes ou bien l’amour plus fort de Dieu pour le fils débauché en une fable qui évoque la Bible (266), puis un dieu à l’image de Zorba. Après ce discours, le narrateur fait l’amour avec la veuve. Rêve de la négresse géante, érotico mythique (269).

    Le lendemain le narrateur dit avoir trouvé la réponse simple, celle du bonheur : corps rassasié, esprit apaisé, car  « l’âme est chair » (269). Ce qui rappelle la dernière tentation du Christ : faire un choix entre bonheur simple et angoisses métaphysiques. Bouddha également est renié, ainsi que sa théorie selon laquelle le monde est une illusion et quelque chose qu’il faut rejeter : du réel on jouit pleinement ; le narrateur en a terminé avec son manuscrit sur Bouddha. Il passe au village, où garçons et filles dansent autour de Fanourio « le fameux joueur de lyre ». A la demande de dame Hortense, il envoie Mimitho chercher le médecin de toute urgence et reçoit un cadeau de la veuve.

     

    Chapitre 22. Pages 274 à 286.

               Danse de Sifakas le berger : le même homme vit et meurt dans chaque génération ; répétition éternelle de la vie. Androulio le bedeau annonce la venue de la veuve. Combat de Zorba et de Manolakas. Mavrandoni égorge la veuve. Zorba proteste contre la mort qui prend les êtres jeunes. Le narrateur intellectualise le drame, lui ôte chair et sang, en le faisant entrer dans la chaîne perpétuelle de la vie ; en revanche Zorba vit physiquement le deuil et en souffre. Dame Bouboulina va mourir et le médecin n’est pas venu. Le narrateur empêche que Zorba et Manolakas ne s’entretuent.

     

    Chapitre 23. Pages 287 à 301.         

                Rêve de Zorba. Tristesse de Mimitho. Agonie de dame Hortense : Les diseuses de mirologues, Malamaténia et Lénio sont pressées car le pillage des biens de la défunte commence. Elle meurt dans les bras de Zorba. Le narrateur a ce commentaire : «  C’est cela, la vie, me disais-je, bigarrée, incohérente, indifférente, perverse. Ces primitifs paysans crétois entourent cette vieille chanteuse venue du bout du monde et la regardent mourir avec une joie sauvage… » (294). On rit, on mange, on se dispute, mouches, cadavre, on chante le mirologue ; c’est l’absurdité de la vie ; Zorba se retient de pleurer. Fanourio vient faire danser ; trois notables viennent faire l’inventaire pour les pauvres, en vain, car tout est pillé ; on enterre la Franque sans pope et Zorba emmène le perroquet.

     

    Chapitre 24. Pages 302 à 316.

                Angoisse de Zorba sur l’absurdité des événements. Le narrateur défend le thème de la terreur sacrée, sommet de l’âme humaine : métaphore des vers sur la feuille : on constate l’existence du mystère  effrayant de notre condition, et les réponses sont pauvres : poésie, résignation, révolte. Révolte de Zorba. Le narrateur se sent changer. Silence de Zorba, dû au chagrin ; puis il parle de son cœur «  ce balafré » (308), et rappelle qu’il est l’homme qui vit concentré sur le présent. Leur conversation est qualifiée de « minutes d’une profonde valeur humaine » (308). Arrivée de Zaharia qui a incendié le monastère  et s’est ainsi délivré de son diable. Le narrateur et Zorba rêvent de la danse qui permettrait de faire comprendre les buts de l’existence humaine (313). Fable d’Hussein Aga racontée par Zorba : Dieu est incompréhensible et infini mais le cœur de l’homme le contient. Goût du narrateur pour les apologues. Zaharia est mort et Zorba médite d’utiliser son cadavre : l’angoisse métaphysique l’a quitté pour la joie et la magouille.

     

    Chapitre 25. Pages 317 à 333.

    Veille du 1er mai.

                   Inauguration du téléphérique. Zaharia retrouvé mort au monastère. Effondrement du téléphérique. Zorba et le narrateur mangent le mouton seuls ; histoire du Capétan Rouvas et de ses soldats, dont Zorba, qui, encerclés par les Bulgares, bravaient la mort en mangeant du mouton. Le narrateur danse : en cela, il a changé. Zorba danse comme un archange révolté : « l’effort chimérique de l’homme pour vaincre la pesanteur ». (326) Rires malgré les malheurs, joie, délivrance, fierté de ne pas être abattu..

    Le 1er mai page 328.

                   Apologue de la tempête par Zorba. Lettre de l’Ami, Stavridaki, aux frontières de la Géorgie, en route pour Batoum, vainqueur : il incarne l’homme qui se dévoue à une idée, à l’humanité (un homme du 2ème type selon la distinction de la page 313). Joie,  puis rêve prémonitoire annonçant la mort de l’ami. Reprise page 332 d’une idée de la page 313 ;  selon laquelle l’âme communie avec celle du monde : les messages mystérieux, (…) une certitude primitive, (….) l’âme des premiers hommes telle qu’elle était avant de s’être tout à fait détachée de l’univers, lorsqu’elle sentait encore directement, sans l’intervention déformante de la raison, la vérité. » ; cf. «  … nous n’avons pas encore, hélas ! confiance en notre âme » (sous entendu : elle sait avant la raison) (339).cf. « …tous, hommes, animaux, plantes, astres, nous ne faisons qu’un, nous ne sommes qu’un unique substance qui mène le même terrible combat. Quel combat ? Transformer la matière en esprit » (313). Son âme s’affole devant le mystère de sa condition et  la Grande Certitude (333),  c’est-à-dire la mort, l’angoisse de la mort, et la question semble être pour l’homme de savoir apprivoiser ces peurs, soit par l’efficacité de la joie à vivre, soir par la raison, « la deuxième ligne fortifiée », de l’âme du narrateur.

     

    Chapitre 26. Pages 334 à 348.

                   Apre séparation : le narrateur a besoin d’écrire pour s’en délivrer ; il est prisonnier de sa nature d’écrivain. Selon Zorba il lui manque la folie, les élans fous, les désirs qui rendent libre. (336 et 337). Pour expliquer comment les vrais hommes se séparent, Zorba explique comment son père s’est dépris du tabac (338).

    A Candie, télégramme annonçant la mort de l’Ami.

                   Cinq années passent.

                   Allusion à la guerre mondiale (la deuxième d’après Lettre au Gréco). Cartes de Zorba, du mont Athos, de Roumanie,  de Serbie : mariage de Zorba avec Liouba, et exploitation d’une carrière de pierre blanche, découverte de la pierre verte essentielle, trois éléments repris dans Lettre au Gréco. Connivence secrète de l’âme du narrateur avec celle de l’Ami mort, qui se plaint et erre.

    Au Péloponnèse, le narrateur rêve de Zorba. Violent désir d’écrire son histoire. Rédaction de celle-ci. Soula, la petite paysanne apporte la nouvelle de sa mort venue de Skoplje, en Serbie : il est mort en maudissant les popes et en aspirant, en buvant la vie, en s’émerveillant devant le monde et en le hennissant.


    Lexique

     

     

    aman : mot turc, interjection exprimant la supplication (note de Press Pocket (121)

    Armatole(251) : membre armé d’une milice chrétienne.

    Batoum (164) : ville de Géorgie sur la Mer Noire.

    Bouboulina : Lascarina Bouboulina est une héroine qui  combattit les Turcs (1771-1825). 

    Caliban in La tempête de Shakespeare (38) : fils d’une sorcière, incarnation de la force brute à la fois soumis au magicien Prospero et en révolte contre en lui.

    Canavaro : nom inventé d’un amiral (49)

    caroubier : grand arbre méditerranéen à feuilles persistantes.

    comitadjis (62 ; 252): sorte de maquisard ?)

    Digénis Akritas voir note page 164 de l’édition Press Pocket.

    Hadji : chrétien qui a fait le pèlerinage au Saint Sépulcre.

    hassapiko (22) : danse qui se fait en groupe; du turc hassap, boucher, c’est la danse des bouchers etymologiquement.

    hochequeue (113) : bergeronnette

    Karaghueuz : le guignol grec d’après l’édition press pocket page 10

    Kars (164) : ville à l’est de la Turquie

    klephte (251) du grec klephtès « brigand », dans la Grèce ottomane, montagnard vivant surtout de brigandage et luttant pour l’indépendance de son pays.

    Kouban : fleuve de Russie qui se jette dans la mer d’Azov.

    lignite : aux veines brun sombre (33) ; cette roche organique provient de la décomposition du bois et contient environ 70% de carbone ; valeur calorifique trois fois moindre que la houille.

    mahonne (57) : la mahonne était une sorte de galéasse utilisée par les Turcs. 

    mamaliga (340) : bouillie de maïs.

    medjidié (222) : monnaie turque (note de l’éditeur, édition Press Pocket)

    molène (34) amère : plante de lieux incultes comme le bouillon-blanc.

    Novorossisk : ville de Russie sur la mer Noire

    Odessa (164) : ville d’Ukraine sur la mer Noire.

    Panaït Istrati (18) : écrivain roumain de langue française (1884-1935).

    penzodali (22) : danses

    Rostov (164) : ville de Russie, sur le Don, près de la mer d’Azov.

    simandre (233) : disque de bois tenant lieu de cloche, les Turcs ayant interdit celle-ci.

    Skoplje ( 347) Skopje est la capitale de l’actuelle Macédoine.

    Souda (49) : port de la Canée en Crète ; baie vaste et abritée actuellement base stratégique de l’OTAN

    Tiflis (164) : autre nom de Tbilissi, capitale de la Géorgie

    villeuses (pierres villeuses) ( 308) : velues

    Zeïmbékiko (22, 325) : danse guerrière ; danse d’hommes.

     

     


    [1] source internet : Sophie Bernier htpp://www.jbphi.com/etudiants_travaux/kazantzaki_bernier_sophie.html

    [2] La mine se trouvait au sud du Péloponnèse, d’après Sophie Bernier.

    [3] source internet Françoise Chatel de Brancion htpp:// www.forumuniversitaire.com/confonline-litterat02.asp

    [4] Sophie Bernier, ibidem.

    [5] Lettre au Gréco, de Nikos Kazantzaki, 1956, éditions Plon .

    [6] Le femme et non n’importe quelle sexualité : aucun amour non traditionnel n’est approuvé dans le livre et d’autre part la femme représente le mystère sacré, fondamental, antique, éternel, mythique, l’autre que soi, la pulsion si forte qu’elle ne peut être qu’un fondement de notre être « Jeune ou décrépite, belle ou laide …  derrière chaque femme se dressait, austère, sacré, plein de mystère, le visage d’Aphrodite » (52).

    [7] cf le dernier rêve du Christ dans La Dernière tentation du Christ, de Nikos Kazantzaki.

    [8] Les chiffres renvoient à la pagination de l’édition Press Pocket d’Alexis Zorba

    [9] Le narrateur reprendra la même idée, comme clef du bonheur, citant Marc-Aurèle : « Regarde la marche des astres comme si tu tournais avec eux .Cette phrase de Marc-Aurèle emplit mon cœur d’harmonie » (261)

    [10]  Quant à lui  le narrateur nuance cette opinion, indiquant qu’il y a des hommes dont le combat est de « transformer la matière en esprit » (313)

     

    [11] Kazantzaki, dans Lettre au Gréco, raconte qu’il vivait dans son enfance de telles émotions.

    [12] Le vrai Zorba se prénommait George, d’après Sophie Bernier, donc celui qui travaille la terre.

    [13] Lettre au Gréco.

    [14] Dans La Liberté ou la Mort, de Nikos Kazantzaki, 1953.


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